Éditorial de la SFMPL

Octobre 2017.
Par le Docteur Christophe de JAEGER.

PRÉVENTION MÉDICALE…
MAIS QUELLE PRÉVENTION AU JUSTE ?

La prévention médicale est plus à la mode que jamais. Les articles et les conseils pleuvent de partout et cela parait naturel au vu de l’importance du sujet. Il existe d’ailleurs un consensus national et même international sur cette notion de prévention. Le « Il vaut mieux prévenir que guérir ! » fait l’unanimité. Tout le monde est d’accord, mais peu est fait. Une des raisons à cela est que derrière le terme de « prévention » se cache une multitude de réalités différentes et parfois très différentes. Regardons cela de plus près.

Reprenons les bases : l’Organisation Mondiale de la Santé a défini trois types de préventions. La prévention primaire ou comment faire pour ne pas devenir malade, la prévention secondaire ou comment faire pour trouver une maladie en train de se développer (c’est en fait du dépistage) et enfin, la prévention tertiaire ou comment faire pour limiter les conséquences d’une maladie déjà déclarée (par exemple, comment faire pour éviter qu’un infarctus du myocarde se complique d’une insuffisance cardiaque). En France, on confond souvent prévention et dépistage. Le dépistage n’est évidemment pas de la prévention. Le dépistage n’empêche pas d’être malade, il va seulement et c’est déjà très important, permettre un diagnostic précoce d’une maladie et donc d’augmenter considérablement les chances de traitement et de guérison.

Les préventions secondaire et tertiaire sont parfaitement assurées par notre système de santé, même si les chiffres des campagnes de dépistages sont décevants. Par exemple, la France a organisé un remarquable système de dépistage du cancer du sein depuis 2004, et aujourd’hui seule, un peu plus de 50 pour cent des femmes en bénéficient avec de très nettes disparités régionales1 . Certains considéreront ces chiffres comme un succès et d’autres comme un échec.

Rester en bonne santé
Mais aujourd’hui, ce qui nous parait, en tant que médecins physiologistes, le plus important est certainement la prévention primaire : comment faire pour ne pas être malade ! Ou encore, pour certain, comment ne pas être plus malade qu’ils ne le sont déjà. Une autre façon d’aborder le problème serait de dire « comment faire pour rester en bonne santé ? ». Et nous sommes là en pleine physiologie médicale. C’est l’aspect positif de notre démarche. Mais c’est également là où tout se complique.
En effet, lorsque l’on cherche à traiter une maladie, on sait exactement où sont les problématiques : les coronaires pour l’infarctus du myocarde, certaines maladies infectieuses pour les vaccins, etc… La santé est beaucoup plus complexe à envisager. Ce n’est pas un organe parmi les autres… c’est l’ensemble de l’organisme. Et dans l’ensemble de l’organisme, nous avons également le cerveau qui se conjugue à deux niveaux extrêmement différents et pourtant liés : l’organe cerveau et la pensée. Quand on évoque la santé d’une personne, on doit donc penser « organes (tous) et cerveau avec ses différentes composantes» avec des intrications extraordinaires, le tout compliqué par un processus universel : le vieillissement. On est donc loin de la médecine conventionnelle et de son hyperspécialisation organe par organe. La médecine de la santé est basée la physiologie, sur la globalité de la personne et sur la personnalisation des réponses à apporter.

Un nouveau paragdime
Il faut donc avoir une approche différente de l’être humain. Le considérer pour ce qu’il est ou souhaite être, et non par rapport à une maladie ou une série de maladies. L’enjeu n’est plus le même. La nouveauté et la complexité de cette approche rendent le corps médical hésitant. Il faut dire que les progrès immenses de la médecine ces dernières années ont toujours été basés sur des « super-spécialités » perdant de plus en plus la vision globale nécessaire à une bonne prise en charge du Capital santé d’une personne.

La « santé » ou le « Capital santé », expression que je préfère, n’est pas qu’un taux de cholestérol, une glycémie, une tension artérielle… c’est un tout, indissociable. La volonté positive et donc l’aspect psychologique en font intégralement partie. Il ne s’agit donc plus de soigner une maladie (ou plusieurs) ce qui bien sûr est indispensable et ce que le corps médical fait très bien, mais de prendre en charge une personne pour ce qu’il a de plus précieux : sa non-maladie, ou bien, et je préfère, sa santé.

Les objectifs étant différents, les moyens et les raisonnements le sont également. Tout ceci s’intègre parfaitement dans une meilleure connaissance de la physiologie humaine, inutile de le rappeler, en bonne santé.

Mais qu’est-ce que la « bonne santé » ?
Là encore, nous pourrions rechercher la définition de l’OMS qui lors de sa déclaration initiale en 1946 en donnait une définition2  : « la santé est définie comme un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ». Mais cette définition ne tient pas compte du vieillissement et des progrès immenses des sciences de la vie. Peut-on être « bien » si nos capacités ont diminué, et elles diminuent depuis l’âge de 18-20 ans ? Peut-on se dire « bien », juste parce qu’on est en meilleure forme que d’autres de son âge ? Quelles sont les limites ? Quels sont les objectifs à se fixer ? On pourrait multiplier les questions à l’infini ou presque.

On voit bien que l’âge chronologique auquel on fait en permanente référence n’est plus un critère adapté. Il faut maintenant utiliser des outils modernes tels que l’âge physiologique qui est la vraie mesure du Capital Santé.

L’âge physiologique
L’âge physiologique permet en effet de mesurer objectivement l’état fonctionnel et donc le Capital santé d’une personne, à travers ces différentes composantes (artérielle, cardiaque, pulmonaires, hormonales, etc…). Cette mesure, contrairement à l’âge chronologique, peut évoluer dans les deux sens : elle peut se dégrader, mais elle peut également s’améliorer ce qui la rend incontournable. De nombreux travaux internationaux comme ceux de Daniel Belsky3 montrent que l’on peut objectiver une diminution de l’âge physiologique dès 26 ans et que cette altération est clairement annonciateur de pathologies. La mesure de l’âge physiologique ne doit pas seulement se concevoir à 50 ou  60 ans, mais dès 30 ans, voir moins.

La mesure de l’âge physiologique prend encore plus son sens dans notre environnement actuel, où la population mondiale vieillit, entraînant une morbidité par maladie directement liée à l'avancée en âge. Des interventions sur le processus du vieillissement sont donc nécessaires pour réduire le fardeau de la maladie et protéger la productivité de la population. Les jeunes sont les cibles les plus attrayantes pour les thérapies pour étendre la santé (car il est encore possible de prévenir la maladie chez les jeunes). Cependant, il existe un scepticisme quant à savoir si les processus de vieillissement peuvent être détectés chez les jeunes adultes qui n'ont pas encore de maladies chroniques. De nombreuses études et en particulier, les résultats publiés par le professeur Belsky indiquent que les processus de vieillissement peuvent être quantifiés chez des personnes encore assez jeunes pour la prévention de la maladie liée à l'âge, ouvrant une nouvelle porte aux thérapies de l’âge. La science de l'extension de la vie et de la santé peut se concentrer sur la mauvaise fin de la durée de vie, mais il nous parait également indispensable, peut-être plus que de seulement étudier les humains vieillissants (la gériatrie et la gérontologie), d’étudier les jeunes et leur santé.

Nos logiques de santé, de dépistage, de prévention doivent donc largement être bouleversées par les informations que nous donnent les sciences de la longévité et non les gérontosciences.

La prévention : un luxe ?
Gérer son Capital santé ne devrait pas être une option, mais un devoir et ceci d’autant plus que nous avons tous les paramètres pour l’évaluer et donc intervenir sur celle-ci. Cela peut se concevoir à minima comme je l’explique dans mon dernier livre « Longue Vie »4 aux éditions Télémaque, où de façon plus scientifique et médicale. Mais chacun, là où il est, quels que soient ses moyens, doit pouvoir appréhender ce Capital, son Capital, si précieux et l’améliorer.

Mais le corolaire est également le développement d’une nouvelle spécialité médicale basée sur la physiologie qui seule peut apporter les connaissances nécessaires à la bonne gestion de notre Capital Santé. Une formation moderne et accessible pour les praticiens souhaitant revoir leurs connaissances en physiologie sera prochainement disponible sur le site de la SFMPL.

 

Oeuvrons ensemble !

A très bientôt

Docteur Christophe de JAEGER
Président SFMPL
christophe.dejaeger@sfmpl.fr